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DE L'AUTRE CÔTÉ
DE L'ÉCRAN
Projet TUKTU

De l’Autre Côté de l’Ecran, c’est quatre court-métrages issus d’une rencontre entre une jeune française en séjour dans un village Inuit, et quatre familles de Qamani’tuaq. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De l’autre côté de l’écran, c’est la production d’une image de soi, dans un contexte post-colonial, où les identités sont tiraillées par les changements structurels rapides, violents et venant d’un pouvoir extérieur. Dans un même village, trois générations cohabitent : celle des aîné.e.s né.e.s dans les Igloos ou les tentes qui ont vécu de manière nomade en suivant le mouvement des caribous, la génération suivante qui a connu la colonisation, une assimilation forcée, la violence des écoles résidentielles et la sédentarisation. La dernière génération elle, est née dans un village marqué par l’arrivée d’une mine d’or, du salariat et du projet d’extraction d’uranium par la compagnie française Areva.

 

J’arrive dans le village dans l’optique de mener une recherche sur l’impact des mines sur le style de vie des habitant.e.s. Inscrit dans une démarche de recherche action participative, ce projet porté par le CNRS cherche à adapter la problématique et les méthodes de recherche aux volontés des habitant.e.s. S’il était prévu que je travaille sur la mine, une fois sur place, je me sens mal placée pour me lancer dans cette aventure. La mine est un sujet tabou, elle divise les familles. Les chercheur.e.s occidentaux sont nombreux à être déjà venu.e.s pour ce genre d’étude, et les habitant.e.s ne sont pas enchanté.e.s à l’idée de faire des ateliers participatifs sur la mine avec une étrangère fraîchement débarquée… Très vite, je me détache des intentions avec lesquelles j’étais venue et laisse émerger ce qui surgit au fil des rencontres. C’est par ce lâcher-prise et la confiance qui s’installe avec les personnes que je rencontre que naît l’énergie d’un projet commun. La caméra s’impose peu à peu comme l’outil qui tricotera les échanges de notre rencontre, comme outil pour raconter une histoire, celle que chaque famille choisit de me livrer puis, au fil du projet, de livrer au futur spectateur.

 

La rencontre a ouvert des espaces dans lesquels les histoires individuelles avaient une soif de s’exprimer et de se placer dans l’histoire collective des Inuit, pour tenter d’esquisser auprès de l’étrangère les traits d’une identité Inuit d’aujourd’hui…

 

Dans ce processus, trois passages d’un côté à l’autre de l’écran :

Le premier c’est celui qui me projette, moi l’occidentale, dans un village Inuit de 2015 alors que les livres et films dont je me suis abreuvée avant mon arrivée datent du début et milieu du XXème siècle : l’œuvre de Jean Malaurie a dessiné mon imaginaire. Il en est de même pour mon entourage qui imagine mon séjour entre les phoques, les igloos et la chasse aux baleines. Bien que sachant pertinemment que le mode de vie avait changé, je n’arrivais pour autant pas à me représenter le village Inuit dans lequel j’allais atterrir. En passant d’un côté à l’autre de l’écran, les images produites ici participent à la réactualisation de l’imaginaire occidental sur les Inuit.

Le deuxième c’est celui qui me fait passer d’un côté à l’autre de la caméra. Toujours présente dans nos sacs, la caméra était sortie lorsque l’un.e d’entre nous souhaitions capturer et partager le moment en train de se vivre. Si, dans les premiers temps, je suis systématiquement à l’initiative de la sortie de la caméra, je passe de plus en plus « de l’autre côté de l’écran ». Au fil du temps passé ensemble, les rôles se floutent, s’inversent : ce n’est pas moi qui filme « leur vie », mais ce sont eux qui filment mon expérience au sein de la communauté. C’est ainsi que ces films ne sont pas sur les familles que j’ai rencontrées, mais se sont construits avec ces familles et résultent de la rencontre.

 

Le troisième c’est celui qui fait passer les familles d’une position de spectatrices à celle d’actrices. Depuis quelques années, la télé comble le vide laissé par le délitement des liens sociaux dans le village. Les heures défilent devant des écrans de télévision qui diffusent un imaginaire occidental qui n’a rien à voir avec ce que vivent les Inuit ici dans le village : conseils shopping, séries de jeunes américain.e.s plongé.e.s dans la société de consommation… L’imaginaire qui se cultive ici est un imaginaire que ces spectateurs et spectatrices ne pourront jamais atteindre si ce n’est en quittant le village pour rejoindre les capitales du sud. Dans la construction du court-métrage, il y a l’idée pour les familles de passer de l’autre côté de l’écran, de passer d’une situation de spectatrices passives face à des images déconnectées de leur réalité à celui d’actrices, actives pour produire une image de soi qui leur plaît et qu’elles ont envie de diffuser à d’autres, aux étrangèr.e.s. L’image qu’elles ont choisi de renvoyer exclut le village - trop marqué par la sédentarisation contrainte - et privilégie la toundra, dans les liens que chacun.e entretient avec elle.

 

 

La diffusion de ces films est la volonté conjointe de tou.te.s les participant.e.s de partager ces images. Je ne suis pas sûre de pouvoir honorer la demande que ces films « passent à la télévision française », mais j’espère susciter l’envie aux spectateur.trice.s qui tombent sur ces films d’en savoir plus sur l’Histoire des Inuit et sur ce qui s’y passe aujourd’hui.

 

 

Bon visionnage.

https://elisebrunel.wixsite.com/arctique : Elise Brunel documentaire Arctique

English version here

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